A Bord d'Oracle

19h30, un coup de fil m'apprends que je serai 18ème homme le lendemain sur un Class América,,,

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Quelle émotion! Rendez-vous à 7h sur le quai Infernet, pas question de se coucher tard, pleine forme obligatoire pour savourer un tel événement!


Le jour se lève tout juste sur le port de Nice et je découvre les équipages déjà en tenue, très affairés à transporter les longs sacs à voiles. Alexandra, la blonde représentante de l'équipe américaine m'accueille cordialement et me présente à Amish, stratège, du bord, dont le poste reculé le prédispose à s'occuper de l'invité du jour. Les consignes sont claires : pas un mot et rester assis pour éviter la prise au vent. Heureusement, mon appareil est chargé à bloc, la carte SD est toute neuve, le vent du Paillon est bien là et nos concurrents aussi : c'est l'essentiel.

 

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A peine sorti du port, un équipier est envoyé en tête de mat (37m) afin de «hooker» la grand ‘voile.


C'est à ce prix que l'on arrive à maîtriser la compression engendrée par les 215 m2 de Mylar-Carbone.
L'équipage enchaîne tout de suite quelques manoeuvres, la cellule arrière analyse le plan d'eau. Pas de doute ce sont des pros : les gestes sont précis et les paroles minimales.


Le bateau est un ancien Alinghi vendu à l'équipe anglaise. Quasi sister-ship du vainqueur de l'américas cup de 2003.Il est visiblement très rigide, dés que les bastaques sont en tensions, une curieuse résonance s'installe à bord. On peut se demander ou se cache le moteur…


Les 20 tonnes du bulbe en plomb, à 5m sous la flottaison, font merveille au prés. Par 9 nœuds de vent nous naviguons à plus de 10 nœuds à 30° du vent réel. Difficile de faire mieux! La carène est si étroite (3m50), les élancements si importants que la gite ne la freine pas, au contraire, cette dernière augmente allègrement la longueur à la flottaison. Pas facile de manœuvrer dans un espace aussi restreint pour les 17 hommes d'équipage. La gîte ne facilite pas les choses. Quand une risée survient l'embraqueur sous le vent se fait bien asperger, heureusement que j’ai pris mon ciré car l'eau embarquée s'évacue par les vide-vite de la jupe arrière…


La procédure de départ est lancée .Nous affrontons Bertrand Pacé et son équipe de TFS Pages Jaunes. Je m'attends à un beau duel : notre barreur, Gavin Brady ayant plus ou moins évincé Bertrand Pacé du poste de tacticien sur BMW Oracle lors de la dernière coupe à Valence ...Après la classique phase d'observation "bout au vent", qui amène les deux bateaux au dessus de la ligne, l'américain maîtrise mieux le redémarrage , arrive à abattre tribord amure sous le bateau français pour repasser du bon côté de la ligne tout en accélérant. Beau timing, du grand art, nous avons 150 m d'avance dès le départ. Le tableau arrière de nos adversaires n’est pas passé bien loin…J’étais aux premières loges pour observer les visages crispés de la cellule arrière française.


Le contrôle est malgré tout très serré, nos adversaires pourront difficilement revenir, rien n'est laissé au hasard. La bouée au vent arrive vite .Le dernier virement est lancé alors que la bouée est encore largement par notre avant, c'est là que je me rends compte à quel point les Class América remontent très prés du vent, nos repères habituels sur croiseur côtier sont à oublier! Les voiles sont choquées en grand pour faciliter l'abattée, le bateau se redresse et nous sommes bien secoués à l’arrière. Je pense que c'est dû au fait que les élancements sont sortis de l'eau, puisque nous ne gitons plus. Le spi est envoyé en un éclair, et nous croisons Pages Jaunes encore au prés.


L’accélération fournie par les 600 m2 est sensible mais pas fulgurante : la masse de l’énorme bulbe devient un frein. Patatras ! Le spi explose .Seul commentaire à bord de « Pepsi » (Hamish Pepper) : un flegmatique « nous n’avons plus de spi » .Les lambeaux sont vite ramenés à bord et le spi n°2 est préparé.


L’envoi est rapide, mais la « bosse d’affalage » reste bloquée dans la soute. Les grands costauds qui actionnent les moulins à café l’ont tout de suite compris et évitent in extremis de tout arracher. Albi, l’italien du bord, bondit démêler la situation, le spi sort finalement…en même temps qu’une latte à voile. Bizarre. La perfection n’est pas de ce monde…Notre avance a fondu comme neige au soleil. Les adversaires sont à moins de 100m. Une petite risée survient, Gavin Brady la négocie parfaitement et nous voilà à plus de 13 nœuds en route directe sur la bouée. Le suspense fut de courte durée. Nous continuons d’augmenter notre avance en restant du bon côté sur le bord de prés. Le dernier vent arrière n’est qu’une formalité, Je surprends même quelques bâillements …Les nuits niçoises sont visiblement courtes. Sitôt la ligne franchie, on arrache de la grand’ voile le marquage BMW ORACLE qui tenait par des velcros pour laisser apparaître le logo d’ARTEMIS (Un vrai millefeuille).L’équipe suédoise est déjà là sur son tender. Aucun temps mort. On sent bien que la présence du vent est précieuse pour l’organisation ! En discutant avec Albi sur le retour, je réalise que cet équipage qui bat pavillon américain est constitué de 13 néozélandais, 2 italiens, d’un japonais, et d’un australien. Quant à nos amis «  suédois » d ’ARTEMIS, ils sont tous de nationalité américaine…


9h45, me voici à nouveau en tenue de ville pour honorer un rendez-vous sur le port de St Laurent. Bon timing, à mon modeste niveau…

 

Ecrit par Pierre Paturle
remerciement à Bruno Troublé et son équipe pour la remarquable qualité de leur organisation

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